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le VOYAGE DE THETYS
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LA NEWS DU 4 JUIN 2010
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Rencontres aux Tuamotus


Dernière facette de la Polynésie que nous n’avons fait qu’apercevoir lors de notre passage par Rangiroa en allant aux Marquises, nous voici aux Tuamotus. D’immenses anneaux coralliens ne dépassant pas de plus d’un à deux mètres le niveau de la mer, une ou deux passes maximum pour accéder dans  des atolls qui peuvent mesurer jusqu’à 60km de long … Après les Marquises à dominante verte, on retrouve les couleurs lagons : palette de bleus variables selon la profondeur sous les coques, sables blancs et roses des motus, vert tranchant des cocotiers, platier noir et découpé … Le spectacle est aussi charmeur sous l’eau, entre les poissons colorés du Pacifique et les fonds coralliens multicolores, même les requins s’y mettent : pointe noire, pointe blanche, requins gris …

Ils tournent d’ailleurs à l’arrière du bateau quand nous mouillons, comité d’accueil qui met dans l’ambiance, et nous fêtons cette arrivée avec une soirée crêpes.

Fakarava Sud, à la « robinson »


Nous passons trois semaines dans ce paradis pour tourdumondistes en manque d’eaux claires et de plages de sable. Trois semaines d’activités intenses.

Pour commencer, on ressort les palmes-masques-tubas, l’équipement de base pour admirer les fonds. Mais « snorkeler » ici, c’est technique. Il faut d’abord prendre les horaires des marées, afin de tirer au mieux partie des « rentrantes » ou « sortantes », quand la marée nous pousse à 2 nœuds dans la passe, sans effort de palmage, car à contre-sens il est parfois impossible de ne pas reculer. Ensuite il s’avère qu’il vaut mieux trainer l’annexe ou un canoë avec soi (ce qui augmente l’intérêt de se faire pousser par le courant, pour limiter les efforts, une annexe pesant 100kg …). En fait, 200 requins gris ont élu domicile dans la passe, et même s’ils sont normalement peu intéressés voire effrayés par l’homme, ils sont du genre curieux, et on ne tient pas à tester les statistiques … Il faut donc garder près de soi un abri où sauter d’urgence quand ils remontent des 20m de fond pour voir quels sont ces drôles de flap-flap en surface … nos palmes !



Et pour la chasse, c’est encore plus chaud. La première flèche qui transperce un poisson ne laisse planer aucun doute : Bruno et son copain Pascal vont devoir prendre en compte l’appétit des requins avant le leur, car ils sont 2 ou 3 pointes noires à filer aussi vite que la flèche sur le poisson transpercé, et les plus gros, les requins gris, sont à l’affut … Ambiance …



C’est finalement avec une bouteille dans le dos que le spectacle est le plus grandiose. L’autonomie apportée par les bouteilles permet de se mouvoir à quelques mètres des requins mais à leur vitesse, sans stress, sans trop de mouvements qui peuvent les alerter ou les titiller. Et là c’est impressionnant. On est à 30m de la surface, des dizaines de requins gris nous passent sous le nez, remontent le courant, demi-tour brusque, redescendent le courant, et rebelote. En fait  ils dorment et on peut observer de très près leurs mouvements, leurs gueules, leurs yeux, le coup d’aileron qui les propulse en un clin d’œil quand quelque chose les intéresse … Stoïques, on regarde, on ne bouge plus, on retient son souffle quand l’un d’eux se détourne de ses congénères pour venir observer de plus près le groupe de plongeurs.  Un geste de la main, le moniteur écarte le curieux qui s’en va nonchalamment rejoindre ses copains, c'était sûrement un insomniaque…



Après avoir fait le plein de sensations fortes et d’images mémorables sous l’eau, nous partons explorer les motus voisins. Cocotiers, sable blanc, format carte postale. Nous en profitons pour griller sur un BBQ improvisé la pêche de la veille, lézarder dans l’eau, et nous approvisionner en « produits bio » … Les noix de coco servent de dessert, l’eau qu’elles contiennent d’apéro, et après quelques coups de machette, nous récupérons 30cm de cœurs de cocotier … pour l’entrée bien sûr ! Poisson pêché dans la passe, cocos ramassées sur les motus, le régime est polynésien. Et les locaux nous font partager leur recette en même temps que leur déjeuner : une petite goutte de pastis ajoutée dans la coco à boire  … idéal pour accompagner poisson cru, bec de canne grillé, et riz au lait de coco !

Et pour que le paradis soit 5 étoiles, Eole nous offre 5 jours d’alizés un peu plus musclés, qui me permettent de tirer quelques bords de planche avec Yvan, à la recherche de la plus belle gamelle … Pur bonheur !



Fakarava Nord, rdv « big blue »


Internet et quelques légumes frais nous manquent, et après ces trois semaines de « robinsonnage », nous remontons au nord de Fakarava, pour mouiller devant le village de Rotoava. On retrouve les snacks avec leurs chao men, poissons crus et steaks frites … une valeur sûre ! Et on rencontre Serge et Carine, un couple de suisses installés depuis une dizaine année qui tiennent un club de plongée (Fakarava Diving Center) tout en vivant sur leur bateau. Comme je n’ai toujours pas le diplôme requis pour suivre les autres dans des plongées un peu profondes, c’est l’occasion rêvée. Serge est un excellent prof, et 2 jours plus tard je suis apte à aller dans le grand bain avec Bruno et les Pascaux. Résultat après 2 plongées de « chauffe », une dans le grand bleu pour prendre des repères, et une autre en « rentrante » avec le courant de la passe où il suffit d’écarter les bras pour se prendre pour superman, c’est parti pour ZE plongée : une descente dans le grand bleu jusqu'à 40m pour Bruno qui surveille de dessous …), puis une balade au milieu de nuages de poissons, avec le ballet de 2 raies manta venues nous rendre visite, quelques requins gris curieux, 2 requins dormeurs qu'on déloge de leur grotte, un peu de courant, des bulles, du plaisir ...

En fait, passé les premières minutes pour se réhabituer au détendeur (le truc qu'on met dans la bouche pour respirer du bon air) et au pfffff- chhhhhhhh-pffffff-chhhhhhh digne de Nicolas Hulot qui résonne dans les oreilles en permanence, on a l'impression de voler. 1h d'apesanteur avec les poissons qui nous regardent bizarrement (sans doute rapport au pfffff- chhhhhhhh-pffffff-chhhhhhh ?), les requins qui nous observent du coin de l'œil en croisant à la même vitesse, même altitude, à quelques mètres, les raies qui planent de leurs longues ailes noires et blanches, relevant leurs mandibules pour effectuer des vrilles sur l'aile et reprendre un peu de distance ... Icare s'était peut-être trompé de milieu ... C’est magique !!!


Toau, coup de cœur


Mais il y a au moins une vingtaine d’atolls paradisiaques aux Tuamotus et après un petit mois à Fakarava, nous décidons d’aller voir un peu plus loin … 40 milles au nord de Fakarava nous attend l'anse Amyot, une drôle d'enclave située au nord-ouest de Toau, où Gaston et Valentine, 100% polynésiens, ont installé des corps-morts pour que les navigateurs se posent en sécurité. L'endroit est magnifique (mais on est aux Tuamotus où c’est une constante), assez sauvage, quelques bateaux sont déjà là, et dès le premier soir nos pêcheurs sont ravis. Car après une navigation où seuls les fous de bassans se sont intéressé à nos leurres (1/4h de charcutage pour que les Pascaux libèrent leur prise quand même), ici on est dans le palais du thon dent de chien. Et c'est trop bon !!! Bruno ramène 9kg le premier soir, un plus petit mais tout aussi bon le lendemain, puis encore 2 autres ainsi que quelques carangues, accompagné par Pascal. On ne va pas manquer de viande fraîche. Ca tombe bien, car le premier ravitaillement est à 80km ...

Puis arrivent les 50 ans de Pascal (si si, malgré les apparences) des Pascaux, que nous fêtons chez Gaston et Valentine. Un anniversaire polynésien, avec poisson cru, musique polynésienne, gâteaux au coco, danses, rires, histoires, en compagnie de la famille élargie ... Jusqu’au point d’orgue : un « joyeux anniversaire » entonné en tahitien par l’équipe locale en pleine forme !




Couchés un peu tard mais ayant été moins téméraires que nos hôtes sur le rhum, rendez-vous le lendemain matin à 9h pour aller à la pêche aux bénitiers. Quelques minutes de barque dans le grand bleu du lagon, on atterrit sur une patate, un bout autour d'un caillou et tout le monde saute à l'eau ... tournevis à la main ! Le jeu c'est de l'introduire dans la bébête avant qu'elle ne se ferme, viser l'œil (?), un coup dans un sens, un coup dans l'autre, et si vous êtes du coin, la bestiole se détache du corail sans gémir ... Pas manchots, nos hommes s'y mettent, et après quelques essais de charcutiers, apportent leur contribution non négligeable à la récolte de la matinée, 2 bacs complets. Pendant que nous allons déjeuner et siester, nos polynésiens plus travailleurs qu'on ne le dirait à première vue (mais toujours dans la bonne humeur) prépare les bestioles, soit bain d'eau bouillante, arrachage, séchage ... Et ce soir c'est carry de bénitiers au lait de coco sur la plage, on apporte les gâteaux et c'est reparti pour une soirée mémorable !


Le lendemain, on retourne dans le lagon pour vérifier si les raies mantas croisées hier sont toujours là. Ouiiiiiiiii ! Elles sont quatre, et nous offrent un spectacle incroyable. Enchaînant les saltos arrière à quelques mètres de nous, elles forment une ronde qui doit leur permettre d’attraper un maximum de plancton dans leur immense bouche pour se nourrir. Bien qu'impressionnantes elles sont inoffensives, alors on plonge à les toucher, on se faufile à un mètre d’elles, on ouvre grand la bouche pour rivaliser, on écarte les bras pour se mesurer. C’est majestueux !!!


La vie s’écoule à la sauce paumotus ( des Tuamotus), et on se régale : pêche au varo (sorte de langouste préhistorique) en crapahutant pendant deux heures dans 30cm d’eau, pêche aux langoustes à 5h du matin, pêche au thon tous les soirs … repas partagés, soirées arrosées, échange de recettes, balades pour ramasser des coquillages … et découverte encore et encore de ces gens et de leur histoire, cette vie simple, à part, si éloignée de nos repères et dépouillée du superflu, qu’on partage avec un immense plaisir. Pêcher, élever des cochons et des poules , et cueillir des cocos pour manger, pêcher encore pour gagner un peu d’argent pour se procurer le reste : vêtements, farine, riz, bière … Le troc est roi, les cours sont variables, et les sourires règlent tous les comptes.

Dimanche 30 mai, c’est la fête des mères. Nos mamans sont loin, mais Valentine assure … Une jolie petite chapelle se cache à quelques mètres de la plage, et ce sera notre première messe protestante. Valentine procède devant un public venu nombreux … nous sommes 6 à participer, même quand les chants sont en polynésien, mais notre accent n'est pas pire que celui des deux américains qui se sont joints à la cérémonie ! Déjeuner gargantuesque et local le midi qui nous voit sortir de table à 16h … trop tard pour la pétanque ou la pêche au thon, mais rassasiés, encore une fois.


Il est très difficile de partir, mais c’est notre choix de vie, alors après 2 semaines exceptionnelles et difficiles à raconter, nous quittons Gaston et Valentine, le cœur gros, mais riches de ce qu’ils nous ont offert sans retenue.

Apataki, autres rencontres


Encore 20 milles au nord de Toau, un autre atoll nous accueille. Un passage par le quai du village situé dans la passe d’accès au lagon, une grand’ rue en sable, quelques maisons, une poste, un unique magasin ouvert uniquement très tôt le matin et très tard le soir. Ambiance … et on file. Direction les motus situés au sud-est du lagon, où nous attend la famille d'Hassam (3 générations !) qui ont également installés quelques corps-morts pour les voiliers de passage.

C'est Alfred qui nous accueille. Fils d'Hassam, père de Tony, mari de Pauline … nous rencontrons toute la famille, avec qui nous passons un dîner très intéressant. La vie aux Tuamotus peut s'avérer très différente selon les atolls et les activités choisies pour gagner sa vie. Ici c'est la culture des perles qui alimente la famille, et devant la crise qui sévit dans le secteur, Alfred n'a pas hésité à s'engager dans d'autres projets, à commencer par un chantier de carénage (et son chariot de 16 tonnes, arrivé par goélette, comme tout approvisionnement ici) qui pratique des prix très intéressants ! Alors on visite le chantier, on discute bizness, et on observe la greffe des perles. Caroline, jolie niçoise de 22 ans n'a pas hésité à venir s'installer dans cette famille accueillante pour apprendre le métier de perlicultrice. Autre choix de vie …


Nous repartons après quelques jours passés avec eux, et quelques jolies perles en poche, en souvenir …


Mais l’hiver austral est de retour, et après avoir ressorti une couverture pour dormir au chaud, nous décidons de rentrer sur Tahiti, où nous attendent la civilisation : Carrefour, Mac Do … que nous rejoignons sous spi, histoire de transiter en douceur.

Nous nous éloignons de ces deux mois passés au paradis, le cœur grandit, les yeux un peu plus ouverts par ces gens qui n'ont pas grand chose (un bateau et un toit et encore il vaut mieux que les cyclones ou tsunamis passent assez loin) mais nous ont tout offert : leur hospitalité, leur gentillesse, leur joie de vivre. Une escale qui marque notre voyage.