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le VOYAGE DE THETYS
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Cuba en bateau, on en parlait ensemble depuis dix ans. Située dans la mer des Caraïbes  mais très éloignée des Antilles que nous connaissons déjà, authentique par son histoire et son communisme devenu rare sur la planète, ayant la réputation d’un accueil chaleureux malgré le manque de tout, Cuba se dessinait dans notre imaginaire comme une île accessible mais exigeante. Elle était devenue à nos yeux la destination exotique tropicale et rare par excellence, d’autant plus que nous l’avions ratée il y a 4 ans. Le nouveau Thetys et ce retour plus tôt que prévu dans les Caraïbes nous offraient l’occasion parfaite pour aller vérifier notre intuition et réaliser l’un de nos rêves de navigateurs.


Préparation

Un séjour à Cuba en bateau s’anticipe. Les pontons du Marin (Martinique) ont été une bonne occasion de croiser des voisins de bateau ayant navigué dans le coin. Coté mer, nous avons repéré les grandes lignes de notre route sur ces presque 6000km de côtes, et nous sommes prévenus de l’inexactitude des cartes qui nécessitent un bon guide et des entrées / sorties de mouillage de jour, pour ne pas jouer avec les hauts-fonds, les barrières de corail, et nos nerfs. Côté terre, l’idée est de voyager en bus, flâner dans les villes, éviter les lieux touristiques, découvrir la culture, les gens, la place de la politique dans leur quotidien, la vie quoi ! Vaste programme pour lequel nous prévoyons deux mois, la durée d’un visa renouvelable une fois.

Navigation

Seulement il faut aussi y arriver, et 1500km séparent Antigua de Santiago de Cuba, notre port d’arrivée sur la côte sud. Nous n’avons pas navigué depuis un moment, et nos estomacs ont oublié les mouvements d’un bateau dans la mer des Caraïbes. Les 36 premières heures sont donc assez désagréables, malgré un temps calme et parfait pour naviguer, une baleine qui nous salue joyeusement au coucher du soleil sur les BVI, et un joli petit thon qui se prend pour un tartare dans nos assiettes. Le nord de l’arc antillais se découvre à la jumelle : Thetys longe les îles montagneuses de St Kitts et Nevis, les lumières de St Barth’ et St Martin, enfin l’étrange coulée lumineuse de Saba à minuit, avant d'atteindre l’archipel des US/BVI. Il faut résister à la tentation de se poser et reposer, car la route est encore un peu longue, mais Bruno reste ferme, on va à Cuba ! Sortis de là, c’est cap sur les côtes nord : Puerto Rico, République Dominicaine... Tout un programme de vacances. Mais c’est sans compter sur la météo, au rendez-vous une fois n’est pas coutume. Pendant 36h les éléments se déchaînent, vent au-dessus de 30 nœuds, et vagues qui déferlent. Il y a des jours où l'on se demande pourquoi on fait un tour du monde en bateau, plutôt qu'en vélo, en train, ou même en pédalo (quoique le pédalo dans ces conditions…). Mais notre Thetys ne bronche pas, nous confirmant encore une fois que nous avons fait le bon choix pour ce 2ème départ. Enfin l'île de la Tortue au nord d'Haïti glisse sur notre bâbord, et nous plongeons dans le chenal qui sépare Cuba d'Haïti. Vent et vagues se calment, Cuba apparaît à tribord, plus que quelques heures...

Après un appel sympathique à la radio avec les autorités locales, Thetys se faufile dans le chenal d'accès à Santiago de Cuba, au son d'une salsa s'échappant d'un resto qui borde le chenal. Émotion et grosse fatigue se mélangent ! Une petite dizaine de voiliers sont amarrés sur les quais en béton, nous jetons l'ancre juste à côté. Les autorités ne passeront pas avant demain et il est interdit de descendre à terre avant d’être en règle. Rinçage de bateau, apéro au soleil couchant, traditionnelle soirée crêpes d’après navigation, grosse nuit, voilà de quoi récupérer en attendant notre entrée officielle à Cuba !


Administration

Santiago de Cuba, l’un des nombreux ports d’entrée du pays. Premier bon point : il n’y a besoin de rien avant d’arriver, ni visa ni autorisation particulière, plutôt plus simple que les Etats-Unis…

Il est déjà 10h quand les premiers officiels arrivent à bord : le médecin et son collègue qui traque les moustiques ! Le tour du bateau pour chercher de l'eau stagnante est un échec, nos fonds de cale sont bien secs. Le docteur en blouse blanche remplit ses papiers, nous ne sommes pas malades, on peut même dire en pleine forme malgré un peu de fatigue, du coup notre premier examen se passe avec succès, et très gentiment. Après un passage à terre, Bruno revient avec les douanes. 2ème tour dans le bateau, papiers, un œil pour vérifier qu'ils ne touchent à rien et nous essayons de papoter en espagnol. Thetys est magnifique de l'avis de tous, ce qui visiblement les rend très positifs à notre égard. Mais il y a une deuxième équipe de douaniers, accompagnée de deux chiens. Un pour la drogue, un pour les explosifs ! 3ème tour de bateau, ils reniflent partout mais ne trouvent rien... Tout va bien. 4ème tour,  pour fouiller le bateau cette fois : ouverture des tiroirs, des fonds de cale... Assez succinct quand même, tout est propre et bien rangé. Sauf que le lendemain, il nous manque un ipod... Ca rend forcément les choses moins agréables… Ensuite c’est au tour de l'agriculture, pour la vérification des produits frais. Ils sont deux à s’installer dans le cockpit, 5ème visite du bord, l’occasion de leur proposer à boire, et de discuter de la vie ici. Mes premières leçons d’espagnol revues en hâte il y a quelques jours sont déjà optimisées. La recherche de charançons dans le riz (ne faites pas la grimace, c’est un grand classique aux Antilles, et ça reste des protéines…) tourne à l’aventure, quand l’explorateur de l’équipe découvre le « riz tout fait 2mn au micro-onde ». Bruno leur explique les miracles de la gastronomie technologique dans nos pays, un vrai succès pour eux qui n’ont pas de supermarchés, pas de « plats tout préparés », et n’imaginent pas les rayonnages de produits de consommation qu’on a longuement parcourus à Antigua et en Martinique avant de s’aventurer pour deux mois en pays cubain. Nos placards sont pleins ! Dernier et 6ème tour du propriétaire, avec le ministère de l'intérieur (enfin sa représentante) pour encore un papier. On atteste qu’on n’a pas de téléphone satellite, pas d’accès à internet, tout ce matériel ayant été bien rangé dans des endroits discrets sur les bons conseils reçus avant notre départ. L’exil est un sport national ici, et tout moyen de communication ne passant pas par les installations d’état présente un risque pour la nation. Donc il vaut mieux les cacher, pour éviter de se les faire confisquer ou mettre sous scellés.

Six heures plus tard c’est terminé. Equipés de nos multiples autorisations, ayant payé des droits d’entrée et des droits de naviguer, tamponnés d’un visa pour un mois, et ne représentant apparemment pas un danger sanitaire ni politique pour ce pays sous haute surveillance, nous avons fait notre entrée officielle à Cuba !

CUBA, Côté Mer

Cabo Cruz, premières impressions

Sésame en poche, nous quittons Santiago, avant de vérifier si la pollution de la baie et les pluies acides dispensées par les usines voisines sont aussi terribles pour le bateau qu’on l’a lu partout. Direction Cabo Cruz, à 100 milles à l’ouest, petit village posté à l’entrée du golfe de Guanacayabo, qui compte un gros millier d’âmes et se repère de loin avec son phare qui culmine à 30m d’altitude. Le mouillage est sauvage, venté, heureusement abrité derrière une barrière de corail.

Ambiance « seuls au monde », avec seulement quelques barques de pêcheurs aperçues au loin, mais c’est sans compter sur le trait de caractère national : la débrouillardise, qui consiste notamment à arrondir ses fins de mois par tous les moyens imaginables. Ce qui, transposé dans ce village perdu de la côte cubaine, signifie venir à la nage du village (1h de natation aller), frapper à la coque pour signaler sa présence, rester à patauger accroché à la jupe (ils n’ont pas le droit de monter à bord et risquent gros s’ils se font prendre), et nous proposer leurs produits, allant de la langouste et poisson aux citrons et ananas en passant par les œufs et tous les légumes bios du coin (les engrais chimiques ont disparu de Cuba en même temps que le bloc soviétique s’effondrait). C’est surprenant, frappant, et nous leur offrons des bières et du rhum (apparemment ça les réchauffe) en nous laissant tenter par notre première langouste cubaine, la payant au prix fort par rapport à la suite de notre séjour : 5€ pièce !

Golfe de Guanacayabo, « coup de nord » et navigations

500km séparent Cabo Cruz de Cienfuegos, avec sur la route la traversée du Golfe de Guanacayabo et les fameux Jardins de la Reine, merveille des merveilles cubaines d’après les navigateurs. Nous traversons donc assez rapidement le Golfe, via Cayo Media Luna et Cayo Grenada. Les eaux sont vertes, ce qui n’empêche pas Bruno de chasser ses premières langoustes cubaines, mais d’une taille pour le moment très raisonnable, comparée au mythe. Le paysage est constitué d’îlots de mangrove qui forment un véritable labyrinthe où quelques balises vertes et rouges marquent les passes. Nous naviguons prudemment, sans croiser un seul bateau. C’est irréel.

Cuba se situant dans les Caraïbes, nous avions été quelque peu dubitatifs au sujet d’une possible météo froide et ventée. Le phénomène sévissant tous les 10 jours en cette saison, nous intégrons vite le concept : le vent de sud-est passe en quelques heures au nord puis nord-ouest en montant et en faisant tomber la température de 10 bons degrés. Il suffit donc de se trouver dans un mouillage bien abrité, de ressortir la couette pour dormir, les chaussettes pour ne pas attraper froid par les pieds, et d’avoir quelques bons films à regarder au coin du feu, ou quelques milliers de photos à trier, pour patienter jusqu’au prochain rayon de soleil. Et comme les prévisions météo sont très précises, c’est plutôt facile de ne pas se faire surprendre. J’en profite pour sortir ma planche, un shorty, et je m’offre une bonne session de retrouvailles avec ma petite bombe rouge qui frétille de plaisir. En espérant ne pas croiser un crocodile…


Les Jardins de la Reine, la nature sauvage

Cet archipel sur la côte Sud de Cuba qui déroule 150km de barrière corallienne est en fait un labyrinthe d’îlots plantés de mangrove, qui encerclent des lacs salés peu profonds et tout verts, au milieu desquels se niche une faune sauvage et très photogénique.

La carte postale côté Sud est parfaite, eau turquoise, plages de sable blanc. Côté Nord ça ressemble plus à des marais, et on n’y trouve pas de mouillage, c’est donc par le sud que nous longeons les Jardins de la Reine durant deux semaines, en découvrant tour à tour Cayo Caguama, Cayo Anclitas, Cayo Alcacitras, et finalement Cayo Breton, tout à l’Ouest (forcément !).


Cayo Caguama, son accueil et sa ménagerie

Ce n’est pas tout à fait un mouillage, mais l’absence de vent nous permet de piocher dans 3m d’eau turquoise, à bonne distance du rivage pour éviter les moustiques cubains dont la réputation vaut bien celle des langoustes. Une barque nous accoste, et trois jeunes, représentants de la Protection de la Faune et de la Flore, nous expliquent leur job ici. Sans transition, ils nous offrent sept belles langoustes. En échange, nous leur proposons une bouteille de vin français, le cours de la langouste diminue d’un coup ! Ils nous invitent à venir passer la soirée avec eux, ce que nous acceptons volontiers, et c’est couverts de lotion anti moustique que nous accostons en annexe sur leur plage en fin d’après-midi. Tour du propriétaire, ils sont six et campent dans les ruines d’un ancien hôtel détruit par un cyclone. Ils nous accueillent très gentiment pour discuter, et notre espagnol est encore mis à rude épreuve, il va falloir que j’accélère les cours. Un iguane nous accompagne pour la visite de la mare aux crocodiles, où seul un bébé barbote, mais les traces de l'adulte qui a traversé la plage pour aller chercher le dîner en mer sont bien visibles... Avec le gros requin vu par Bruno dans l’après midi, ça fait du monde dans ma piscine ! Ils sont aussi chargés de surveiller  les tortues qui viennent pondre sur la plage, et les jutias (rongeurs) très envahissants, qui complètent parfois leur approvisionnement. A la nuit tombée, nous partageons des spaghettis aux langoustes qu’ils ont spécialement préparés pour nous. Les moustiques ne sont pas de la partie, par contre c'est le royaume de petites blattes volantes, très énervantes, peu ragoûtantes, et qu'il ne faut bien entendu pas écraser. La discussion est animée, ils racontent leur vie, veulent comprendre la nôtre. Ambiance…

Cayo Anclitas, gros mérou à volonté

Bleu turquoise, 25-30m d’eau translucide, Bruno découvre un spot de pêche magnifique. Parti promener son fusil, il croise le plus gros mérou (loche) de sa vie, environ 50 à 60 Kg. Mais l’éthique de mon chasseur est claire, on ne tue pas un tel animal probablement vieux de plusieurs dizaines d’années juste pour une photo. Il y a chasseur et chasseur. Un gros mérou de 13kg a tout de même fait les frais de son appétit (pour la chasse) et comme le frigo est déjà plein de langoustes, nous l'offrons à un bateau de charter voisin. Ravis, ils nous remercient d’une bouteille de St Emilion et d’une grosse darne le lendemain. En fait on croise très peu de voiliers et c’est un vrai problème pour la « poissonnerie Thetys », car Bruno ne peut pas pêcher autant qu’il le souhaiterait.  

La journée se termine par un magnifique coucher de soleil. Seuls, posés face au plus grand écran de cinéma du monde, nous contemplons la boule rouge feu qui disparaît lentement à l’horizon sur un fond de Pink Floyd. On y est !!!!!!!!!!!!


Cayo Alcacitras, LE mouillage idéal

Thetys se prélasse derrière la barrière de corail qui nous protège de la mer des Caraïbes et sa houle rouleuse. Le ciel bleu s’est débarrassé de tout nuage. La grande baie abrite trois îlots bordés de plages interminables. La mangrove invite à l’exploration. Les couchers de soleil embrasent le ciel de couleurs rouge-orangées. On y ajoute les sessions de pêche et de planche… Cayo Alcacitras a comme un goût de paradis.

Quand cinq pêcheurs font glisser leur bateau en ferro-ciment délabré et complètement rouillé jusque dans nos jupes. OK, on a donc des voisins, avec vue imprenable sur notre douche en plein air, la salle de bain va reprendre du service. Petit inconvénient au regard des deux incroyables soirées passées en leur compagnie sur leur barque. L’occasion de découvrir un petit bout de leur vie de pêcheurs cubains, qui passent 2 semaines habitant dans les quelques mètres carrés de leur embarcation pour ramasser une à deux tonnes de langouste, avant de rentrer chez eux, à terre, pour deux semaines de repos. Une sorte de mi-temps…

Curieux de découvrir leur technique de pêche, nous les emmenons en annexe dans le lagon. Hors de l’eau, ils repèrent de grandes plaques métalliques posées dans à peine deux mètres d'eau, qui servent d'abri aux langoustes. Il n’y a plus qu’à plonger pour les ramasser… avec un filet à papillons, pour ne pas les blesser, il faut qu’elles vivent ! Ce n’est plus la saison et nous n’apercevons pas l’ombre d’une antenne, mais de retour à leur barque, nous comprenons mieux pourquoi : elle est en fait semi immergée, et le fond de cale ouvert sur la mer par des trous sert de vivier le temps de leur campagne de pêche. Et là, c’est inimaginable, des centaines de très grosses langoustes nous regardent avec des yeux inquiets, barbotant dans le noir et l’eau de mer. On est invité à se servir… Je ne vous raconte pas la tête de Bruno, qui n’arrive plus à la sortir de cette caverne d’Ali Baba ! Pour bien finir cette première journée en leur compagnie, ils nous invitent à dîner à leur bord. Ils partagent leur repas : riz, frites, tomates fraîches et porc cuisiné en sauce, que nous agrémentons de bière antillaise et d’un gâteau au chocolat. C'est simple, bon, et surtout très sympa. La discussion se poursuit pour notre plus grand bonheur : de vrais pêcheurs cubains accessibles et non censurés ! Nous découvrons le prix de la tonne de langouste, qui revient à 0,50€ le kilo ! On échange sur leur mode de vie, l'argent, la France (qui les fait rêver), notre voyage. La première question des Cubains c’est le prix de notre bateau. Bruno répond «beaucoup, beaucoup de travail ». Comment leur donner un ordre d’idée quand leurs salaires fixés par le gouvernement sont d’environ 15€ par mois. Ils aimeraient travailler plus pour gagner plus, mais c’est quasiment impossible, car l’état gère et limite tout : leur capacité à se nourrir, à consommer, à travailler, à se loger, à s’instruire, et bien évidemment à s’informer. Ce système totalitaire a rendu leurs conditions de vie particulièrement difficiles à la chute du bloc soviétique, en supplément de l’embargo américain. Heureusement pour eux, depuis 2005, et grâce au Venezuela, nos pêcheurs (et les cubains en général) ont retrouvé un minimum qui fait que globalement ils ne se plaignent pas. Sauf de l’absence de liberté, celle de travailler plus, celle de voyager, dans le pays (c’est une question de moyens) ou à l’étranger (c’est une question de visa), celle de s’exprimer, car la délation et les réprimandes en cas de critique du régime sont encore d’actualité. Alors ils bidouillent de petits boulots de droite et de gauche et sont les rois du système D pour améliorer leur quotidien, tout en rêvant de démocratie et de capitalisme, sans savoir que ces systèmes ont eux aussi leurs limites... Avec notre beau bateau, notre liberté de voyager, et nos moyens, nous prenons une leçon de vie dans ce superbe mouillage en pays communiste (à Cuba ils disent « socialiste »).

Nous nous promettons de passer les voir chez eux pour prolonger cette rencontre.

Cayo Breton, sans crachin

C’est le dernier mouillage de ces Jardins de la Reine. La mer est d’huile, Bruno part rapidement explorer la barrière de corail, profitant de ces grands calmes idéaux pour mettre la tête sous l'eau. Une carangue, un capitaine, un mérou, et un passage par les rares  bateaux voisins pour livrer le poisson frais du jour... On peut dire que le spot lui plaît. De mon côté, c'est baignade et nettoyage de coque tranquille, sans le stress de croiser un crocodile, les pélicans ne se baigneraient pas sinon...

La mangrove voisine nous attire. En annexe, nous nous déplaçons lentement au milieu de cette végétation lunaire, composée d’arbustes verts feuillus ou de squelettes d’arbres morts. Hérons, grues, pélicans, lumière de fin d'après-midi, lieux de rêve pour un chasseur… d’images. Le calme est absolu, juste rompu par quelques cris d’oiseaux, un plouf de poisson qui tente d’échapper à ses prédateurs, ou des bulles qui s’arrondissent en surface. C’est un endroit incroyable. Seul hic, l’aileron de requin qui se profile à la surface de ce lac lorsqu’on rentre au bateau, dans quelques dizaines de centimètres d’eau seulement, là où je me suis baignée hier…

Le lendemain, une visite du village s’impose, car je n’ai pas encore posé le pied sur le sol cubain, et puis selon les sources, nous sommes ou ne sommes pas autorisés à débarquer dans un port non officiel (sans douane, représentant des différents ministères, etc…). Ca mérite d’être vérifié ! Le petit port nous est interdit, propriété de l’état. Idem pour le pied du phare… Nous nous rabattons sur un bout de plage où un gamin propose de surveiller l’annexe. C’est parti ! On croise des enfants qui sortent de l’école, vêtus de vieux shorts décolorés ou au contraire à la dernière mode sud-américaine, tee-shirt au-dessus du nombril pour les miss… Des vieux se reposent ou discutent sur le pas de leur porte. La seule et unique rue du village est bordée de petites maisons basiques et rapiécées de plaques de tôle ou de planches de bois. Les cyclones sont monnaie courante à Cuba chaque année, et Cabo Cruz n’a pas échappé à Sandy l’an dernier. En attendant notre premier mojito (le cocktail cubain par excellence), Bruno goûte le Tukola, qui remplace la célèbre marque américaine non disponible ici (quoique nous en trouverons à La Havane, tout se perd…), mais qu’il trouvera trop sucré, on n’imite pas le bonheur en boîte…  Et pour nous mettre à l’économie locale, nous achetons une bouteille de rhum pour 60 pesos (2,40€) pendant que la boutique du coin nous offre 2kg de bananes, faute de monnaie. Sympa… Nous voilà équipés en pesos nacional (leur monnaie de tous les jours qui nous est normalement interdite) et en pesos convertibles (ou CUC, la monnaie des touristes, qui vaut 25 fois leur monnaie). Selon les lieux et les occasions, nous pourrons utiliser la première, ou serons contraints d’utiliser la seconde. Atypique vous avez dit ? Les gens sont souriants et aimables sans nous prêter vraiment attention, jusqu’à ce que Bruno brandisse son appareil photo. Les portes s’ouvrent, les langues se délient, les sourires se font plus amicaux, même s’ils ne sont pas contre un jeu de piles neuves ou quelques bonbons, selon l’âge.

NEWS du 26/03/13
CUBA  - 1ÈRE PARTIE