le VOYAGE DE THETYS
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NEWS du 30/04/14
NEWS du PÊCHEUR

Une journée pas comme les autres


Un rayon de soleil joueur passant au travers des cocotiers de South Water Caye (Belize) m'appelle et me dit: "Bruno, c'est le jour… ".

Je suis en plein rêve, les rayons de soleil ne parlent pas ! Et puis il est 6h du mat… Je me retourne et ce petit malin devient alors chatouilleur, sa chaleur parcourant mon dos, je finis par m'avouer vaincu. Sortie du lit silencieuse, la skippette rêvant aussi… certainement… de moi. 

Il a raison, lever de rideau sur une journée pas comme les autres. J'assiste encore mal réveillé à une histoire de couleurs. Le ciel quitte le bleu nuit pour virer à l'orange sur fond d'ombres chinoises. Cocotiers ? Pagodes ? J’ai beau écarquiller mes yeux, où est l'eau, le ciel, seuls les oiseaux le savent.

Un indice, Thetys plane sur un lac immobile de silence. Le grand bleu que je convoite tant est figé, là juste derrière l'îlot. Le temps est arrêté. Il faut que j’aille me saouler de bleu à n'en plus finir.


Equipé en deux temps trois mouvements, me voilà avec l'annexe filant vers la passe. Seul un petit mot pour Nath trahit mon escapade matinale. Je jette l'ancre. Les bulles m'entourent puis disparaissent et le matin du monde apparaît. Intact, sans trace de l'homme, ni du temps. L'air passe dans mon tuba, je glisse lentement sur la planète bleue. Une ombre, un battement d'aile, une raie léopard vient me saluer, plus bas un barracuda en lévitation fait des grimaces à une tortue de mer plus curieuse que peureuse. Un banc de carangues habillées par mon rayon de soleil bienfaiteur font les belles et virevoltent autour de moi. Allons Mesdames, Nath apprécierait peu que nous batifolions ensemble !

Mon égo me rappelle à l'ordre : "Hého, un gros, un très gros, tu te rappelles ? "Oui, oui je vais le chercher".


La pointe du fusil commence à faire la tête, mes yeux ravis sont trop distraits pour repérer "la" cible. Un petit barracuda, ma flèche part, touché à la tête, le fil se déroule et mon stratagème se met en place : appâter pour faire venir "celui" de la veille. Non pas qu'il était gros, il était "gigantesssque", à tel point que je ne l'avais pas vu : visant un beau mérou, je vis le rocher sous lui… bouger.

Un rocher bouger ? Non un pagre, 30, 40, 50kg… Peu importe, le plus gros jamais vu, celui dont tous les Brunos rêvent. J’exécute mon plan : les morceaux de chair blanche du barracuda coulent sous l'annexe en tourbillonnant. Un mérou, puis deux puis trois, heureux de ce petit déjeuner organisé, s'invitent. Ils sont balaises. Sous moi, dix-huit, vingt mètres ? Toujours pas de requin, j'inspire longuement, profondément, culbute et plonge voir mes trois visiteurs. Bip bip ma montre sonne 18,7m. Il est là, énooorme, surprise réciproque, nos yeux se croisent, mais je ne suis pas prêt, il est trop beau, le tuer pour une photo ? Je suis bien avec lui, dialogue de muets qui se comprennent, il repart lentement, je lui dis au revoir, comblé par cette rencontre.

Nath est réveillée et a préparé le petit déjeuner avec amour. Dans les verres, mangues et oranges ont perdu leur combat contre le mixeur alors qu'un gâteau à l'ananas chaud embaume l’air. Je lui raconte cette incroyable plongée.


Puis nous levons l'ancre direction Glover's Reef l'un des trois atolls à l'est du Belize.

Thetys trace quelques rides sur une mer caraïbes plus bleue que bleu. Les moteurs ronronnent et avec préméditation je mets les lignes à l'eau. Leurre rouge, jaune ? Bonne distance ou pas ?Je règle, encore et encore. 45 m pour le plus petit leurre et un bon 50 m pour le plus gros. Simulacre de chasse, piège idéal pour espadon voire un marlin. Le marlin, "Graal" des pêcheurs, je n'ose y penser. Quelques bateaux copains ont déjà pêché des espadons, mon égo se rappelle une fois de plus à moi. J'ajuste à nouveau les lignes et rêvasse d'un bon Big Mac, le regard perdu dans la beauté du big blue.

Nath est à l'avant qui en tant que bonne skipette fait bronzette (ça rime…).

Quand tout à coup, le cliquetis magique du moulinet, celui qui fait monter l'adrénaline de tous les "Big Game Fisher", retentit. Laquelle des lignes a pris, la petite ou la grosse ? Mon égo est ravi, c'est la bonne, celle du Graal !

Le fil se déroule à une vitesse folle au son du cliquet. Nath ralentit, moteurs position avant lente. 400m, 300m, 200m la bobine se vide alors que mon cœur s’emballe. Frein ou pas ? Surtout pas, tout pourrait casser. J'organise le combat: "Nath, tu sais ça peut durer une heure ou deux ! Ramène l'autre ligne, et sort la gaffe plus le baudrier stp !". Une lutte tactique et physique commence. Plus que 100m de fil, et… il saute hors de l'eau !

Le rostre droit vers le ciel, se contorsionnant comme pour me provoquer, et retombe dans une gerbe incroyable. Il m'a vu, je l'ai vu. Le fil s'arrête de se dérouler, il est essoufflé, c'est le moment. Ganté je commence à rembobiner le fil, uniquement lorsqu'il ne tire pas, mais le fil doit toujours rester tendu, c'est la règle. 50m de fil repris, le combat se mesure sur cette bobine qui se vide ou se remplit en fonction de l'avantage que prend l'adversaire sur l'autre.

Doucement Nath l'amène contre la coque, ses forces l'ont abandonné, je le gaffe, Nath lui sort la tête de l'eau pour l'affaiblir encore plus. Il ne résistera pas. 2h, il est sur la jupe arrière. Le bébé mesure environ 2m20 et pèse plus de 100kg. On s'embrasse, fiers de nous, complices dans un moment unique.

La séance photo peut commencer.

Arrivés victorieux sur Glover's reef, un bateau de pêcheurs est ancré. Je leur apporte notre prise pour leur offrir, car pour eux c'est une aubaine et une belle somme d'argent de retour au port. Congratulations, deux langoustes pour me remercier, une dernière photo.

Fin d'une journée pas comme les autres.

20 minutes que je mouline, il fait très chaud, le soleil commence à me brûler le cou. Nath assistante modèle m'apporte un Tee-shirt et de la crème. Ziiiiiiip le fil repart, il se bat. Je mouline encore et encore, la règle, ne pas oublier la règle, fil tendu. Je transpire, je m'arrose, mon bras tétanise, 200 m de fil gagnés, ça sent bon. Il se rebiffe et en quelques secondes me reprend la quasi totalité de la bobine. Nous voilà revenus après une heure au point de départ. Pour me narguer il saute encore, l'appareil photo n'est pas prêt, dommage. C'est comme dans les reportages à la télé, sauf que c'est moi qui tiens la canne.

Le soleil est de plomb, il faut tout ramener à nouveau. "Nath tu veux essayer ? " "Oh yes darling" (je la fais en anglais ça fait plus pro). Nath s'y colle, petite vitesse (c'est un moulinet Shimano Tiagra 50 WLRS (Pub !)), c'est moins dur. Je me décontracte le bras, je ne pensais pas que ce pouvait être aussi physique. Une question me vient à l'esprit : "On le garde ou on essaie de le relâcher " ? Les pros prennent une photo, ôtent avec une pince l'hameçon et relâchent leur prise. Pourquoi pas, il ne rentrera jamais dans le frigo, et on aura fini notre tour du monde qu'il en restera encore.

1h20 qu'on bataille, Nath mouline toujours. La règle, ne pas oublier la règle, fil tendu. Oui mais comment faire, comment va-t-il réagir à l'approche du bateau ? Et puis ça peut être dangereux, j'ai vu sur Youtube un gars se faire transpercer par un marlin qui a sauté au dernier moment…Bon alors on le bouffe !


Nath commence à faiblir. "Ecoute, quand il sera proche, c'est moi qui le gafferai (les gaffes ça me connait…), toi tu le tiendras en tension ". Je prends le relais. Il semble avoir perdu de son jus, et se laisse ramener. Encore un petit effort, il est là, mais on ne le voit pas. Ziiiiiip, il repart, "never give up". Oouhaaaa, il ressaute, qu'il est beau, mais un petit peu trop résistant. J'augmente la force du frein (réglable sur le moulinet Shimano Tiagra 50 WLRS (Re-Pub !)), il faiblit, je « m’encagne», la bobine grossit, encore et encore. 1h45, un reflet argenté, je l'aperçois enfin, Nath est à la caméra, il est là à moins de 10 m de nos jupes couché sur le coté, filant dans une eau transparente comme jamais, image incroyablement belle et tragique : la fin est proche en même temps que la victoire, il est magnifique et surtout énooorme !

Bruno

Certifié vrai pêcheur.